KETTLY MARS / MISE AU POINT ET DROIT DE RÉPONSE… À PIERRE-RAYMOND DUMAS.

Sans préjudices.

Miami, Floride le 30 juin 2018

Objet : Mise au point et droit de réponse… à Pierre-Raymond Dumas concernant son article « Les fausses accusations de Margaret Papillon relatives à Kettly Mars » paru dans le quotidien Le Nouvelliste du 25 juin 2018.

Lien :

http://lenouvelliste.com/article/189242/les-fausses-accusations-de-margaret-papillon-relatives-a-kettly-mars

Cc : M. Frantz Duval

Cc : Journal le Nouvelliste

Cher Pierre Raymond Dumas,

Quel revirement spectaculaire ! Il faut croire que les pressions se sont faites très fortes…

J’ai lu avec beaucoup d’attention ton article intitulé : « Les fausses accusations de Margaret Papillon relatives à Kettly Mars » dans Le Nouvelliste du 25 juin 2018.

J’ai été fort contente de cette publication de ta part pour la simple et bonne raison que celle-ci va me permettre d’avoir un droit de réponse dans ledit quotidien à fort tirage alors que j’y suis pratiquement interdite de publication et surtout bannie de pouvoir faire des commentaires sur tout ce qui sort à propos de Kettly Mars et, ceci, depuis sept ans déjà.

Pour commencer,  permets-moi de te dire que le titre même de ton papier est aberrant « Les fausses accusations de Margaret Papillon relatives à Kettly Mars », car mes accusations sont loin d’être fausses. Celles-ci sont bien fondées et réelles et toutes les preuves ont été étalées depuis 2011 pour étayer ma thèse de plagiat et j’en profite pour les réitérer, ici, dans mon droit de réponse. Les preuves sont accablantes et l’ont toujours été :

Lien :

https://www.facebook.com/notes/margaret-papillon/kettly-mars-attaqu%C3%A9e-en-justice-par-margaret-papillon-pour-plagiat-et-contrefa%C3%A7o/338455562848064/

Il aurait été préférable d’adresser directement un article à Kettly Mars en l’intitulant : « Toutes mes excuses à Kettly Mars pour avoir dit une vérité qui la blesse ! »

C’est bien trop facile de dire : […] qu’il est inévitable que des écrivains abordent souvent les mêmes thèmes sociaux, politiques ou religieux, qu’ils se réfèrent aux mêmes événements vécus, aux mêmes faits historiques, aux « lieux communs » qui appartiennent à leur mémoire collective, à leur imaginaire, à leur héritage culturel et ne sont point la propriété littéraire… […] quand il s’agit de Kettly Mars. Tout ceci est aussi valable aussi pour moi et pourtant, je m’échine chaque jour à trouver des sujets intéressants, originaux, que d’autres n’ont pas encore abordés ; que la Mars fasse aussi cet effort au lieu de lorgner sur ma copie et c’est là qu’elle pourra prouver qu’elle est un écrivain sérieux qui fait ses propres recherches et ces dernières permettront à la littérature de se renouveler… d’être en perpétuel mouvement. On évoque souvent cette affaire de génération. Si Kettly Mars est, il est vrai, de la même génération que moi… (Comme on dit en mathématiques… si une proposition est vraie son contraire l’est tout autant !), je suis moi aussi de la même génération qu’elle. Et, malgré cela, il ne me viendrait jamais à l’esprit de reproduire l’un de ses sujets. D’ailleurs, je ne l’ai jamais vue plagier Dany Laferrière ou encore Yanick Lahens, ce qu’elle aurait tout intérêt à faire puisque le premier a obtenu le « Prix Médicis » et la seconde « Le Fémina »… ou encore son bon ami Gary Victor ! Cependant, il semble que c’est sur mon œuvre qu’elle a jeté son dévolu. Mes sujets la fascinent ! C’est évident ! Je suis pour elle une poule aux œufs d’or ! Alors, cet argument ne tient pas debout et n’est pas digne du littéraire que tu es, bien au courant du fait qu’une littérature peut s’effondrer si les créateurs s’obstinent à faire du « sur place ».

Le fait pour toi de te contredire aujourd’hui et, de plus, de vouloir voler, plus de sept ans plus tard, au secours de Kettly Mars dans cette affaire de plagiat dont je l’accuse, ne fait qu’enfoncer le clou. Ça sent le roussi ! Le public n’est pas dupe. Les gens sont loin d’être des imbéciles ! Il est souvent très risqué de prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages ! Sérieusement…, il paraît que tu t’es fait tirer les oreilles ! Et cela a fait MAL ! Cette volteface n’est pas à ton honneur ! Kettly Mars est une grande fille. II faut la laisser se défendre toute seule. Si elle est vraiment : « considérée à juste titre comme l’un des plus importants auteurs haïtiens vivants ! » (Que de plates flatteries ?), qu’elle prenne sa plume pour expliquer à tous pourquoi il y a plus d’une cinquantaine de similitudes entre La Mal-aimée et Saisons sauvages. Qu’elle accepte de faire une émission de radio ou de télé en ma compagnie afin qu’on ait une discussion sérieuse concernant cette affaire. Dans tous les pays du monde il y a des différends entre les écrivains et cela occasionne souvent des échanges de propos fort intéressants… on pourrait citer Victor Hugo, Chateaubriand, Proust, Lamartine, etc., qui sont tous passés par là. De grâce, arrêtez de materner Kettly Mars comme si elle était une jeune enfant fragile. Elle et moi avons pratiquement le même âge. Elle est même mon ainée de deux mois.

Concernant L’affaire McDonald’s, 1) cette information que tu fournis au public : «qui remonte à l’époque où l’écrivaine en herbe cherchait à percer au Canada. » est totalement fausse. Quand j’ai conçu le logo « J’M » pour cette multinationale je n’avais que 21 ans et j’étais loin d’être une écrivaine en herbe qui cherchait à percer au Canada. J’étais à Montréal pour me faire opérer de la main gauche à la suite d’un accident, sur mon lieu de travail, qui avait failli me coûter la vie et ma réhabilitation avait été très longue.  2) Tu affirmes concernant mon avocat : « Apparemment, ce dernier savait bien qu’il n’y avait là aucun dossier capable de retenir l’attention d’un juge sérieux. Une question de gros sous ? Franchement, Pierre-Raymond ? Tu n’es pourtant pas né de la dernière pluie ! Tu devrais savoir que les puissants de ce monde, quand ils se savent dans leurs torts, font toutes sortes de pirouettes afin que leurs adversaires ne voient pas de juge. Il leur faut drainer ces derniers financièrement en faisant traîner l’affaire le plus longtemps possible, les épuiser mentalement, les pousser vers la folie… pour ne pas aller perdre la face au tribunal. Si vous êtes si sûr de pouvoir écraser l’autre  du haut de votre toute-puissance, si vous êtes certains de ses torts, vous auriez dû être les premiers à vouloir voir un magistrat sans délai aucun… Tu suis mon regard ? D’ailleurs, quand on se sent frustré dans ses droits on peut toujours attaquer l’autre en diffamation. Mais non, on ne le fera pas non plus parce que c’est justement ce qu’il faut éviter à tout prix : que l’autre puisse voir un juge ! Désolée de te contredire, mon cher ! Ce dossier est toujours sérieux plus de 40 ans plus tard, car McDonald’s n’a jamais cessé d’utiliser ce « J’M » qui est pratiquement sa marque de fabrique actuellement et cette « déclaration d’amour » est devenue une campagne mondiale avec celle-ci dans toutes les langues : I’m loving it, me encanta, etc. ce qui me donne le droit de toujours être capable de porter cette cause devant la justice. Je trouve bizarre que tu veuilles en faire un sujet de moquerie. Ce logo a gagné de très nombreux prix internationaux que d’autres ont pris à ma place et ceux-ci sont devenus milliardaires (Claude Cossette de Cosette Communication). Tu aurais dû prendre le temps de lire l’ouvrage avant de te lancer tête baissée dans cette diatribe qui ne te fait pas honneur. Le premier geste d’un journaliste qui se veut professionnel c’est d’enquêter avant d’afficher du n’importe quoi à la face du public ! Je crois qu’il y a des centaines de milliers d’écrivains dans le monde qui auraient aimé avoir vécu une histoire aussi extraordinaire que celle-là et pouvoir la raconter. Ce geste d’assigner une multinationale, je ne le regrette pas. Si c’était à refaire, je le referais encore et encore ! Je crois plutôt que je m’en serais voulu, à mort, de n’avoir pas tenté quelque chose, car j’aurais pu passer ma vie entière à me dire : « peut-être que si j’avais essayé, j’aurais réussi ! » Vivre avec ce regret aurait pu être un enfer ! Je n’ai pas été une stupide qui s’est laissée faire sans résister. Mon courage et ma détermination m’ont valu d’être une héroïne aux yeux d’un nombre incalculable de gens et surtout de jeunes ; je n’ai vu autour de moi que le respect et l’admiration des autres que ce soit en Haïti, au Canada, en Guyane, au Brésil, en Guadeloupe, aux États-Unis ou ailleurs où m’ont menée mes conférences et ventes signatures et où j’ai eu à raconter cette anecdote.  Une toute jeune fille, à peine sortie de l’adolescence, une gamine, qui se fait tordre le bras férocement par un grand méchant loup pour lui voler son concept, n’est pas un sujet de rigolade pour tous les gens sensés de la planète Terre, bien au contraire !

En 2010, après le tremblement de Terre qui a dévasté Haïti (une catastrophe qui a couté la vie à ma tante Josette Papillon, sœur de mon père, ma belle-sœur Valérie Tardieu Desmangles et bien d’autres amis et connaissances et où ma sœur Françoise et son mari, Jean-Marc, ont failli mourir sous les décombres de leur maison), j’ai décidé de reprendre cette affaire pour pouvoir venir en aide à ceux qui n’avaient plus rien. Le barreau de Montréal m’a donc, à ma demande, référé à un nouvel avocat pour reprendre cette poursuite que j’avais dû  abandonner des années plus tôt parce que ma mère, qui était cardiaque, n’avait pas la force physique de subir une telle pression (elle pensait qu’on allait finir par m’assassiner pour… quelques dollars, disait-elle) et moi je ne voulais pas la fatiguer et surtout je ne souhaitais pas être responsable de sa mort. Et c’est alors que Me. Goulet, ma nouvelle avocate, a découvert dans mon dossier au Palais de Justice de Montréal qu’une entente à l’amiable avait été signée entre mon avocat et les procureurs de McDonald’s, à mon insu, pour des sommes faramineuses, depuis le 4 janvier 1984. Alors, affirmer : « Apparemment, ce dernier savait bien qu’il n’y avait là aucun dossier capable de retenir l’attention d’un juge sérieux. Une question de gros sous ? » C’est tout simplement grotesque et insensé ! Un mensonge gros comme la… lune… pardon, comme la planète Mars ! Par sagesse, il faudrait s’abstenir de commenter sur un livre que l’on n’a visiblement pas lu et un dossier dont on ne maîtrise pas du tout les détails ! En tout cas, tant pis pour ceux qui ont fait vœu de pauvreté ! Moi, ce n’est vraiment pas mon affaire ! Je suis très loin d’être une idiote ! Et je pense qu’il est tout à fait sain de se battre pour réclamer son dû, surtout quand il s’agit d’un montant à plus de six chiffres. Une question de gros sous, dis-tu…C’était aussi et surtout une question de propriété intellectuelle… de faire respecter mes droits d’auteur.

 

En ce qui a trait à Madame Jocelyne Trouillot :

Dénonciation que les lecteurs pourront découvrir ou redécouvrir en suivant ce lien :

https://www.facebook.com/notes/margaret-papillon/jocelyne-trouillot-levy-ou-la-haine-nouveau-scandale-dans-la-litt%C3%A9rature-ha%C3%AFtien/1104051836288429/

 

D’abord, je commence par te dire un grand merci d’avoir annoncé la nouvelle en grande pompe dans le quotidien le plus lu du pays. Car, moi, depuis trois ans (avril 2015 – avril 2018) que j’attends que cette affaire passe en cour, je n’en avais fait aucune mention sur la demande du Cabinet Colimon. C’est une bonne chose que nos compatriotes soient enfin mis au courant de la suite de cette triste et regrettable affaire. Il y en a certainement qui avaient cru que j’avais baissé les bras face à l’ignominie de Jocelyne Trouillot Lévy quand il n’en était rien, bien au contraire. Margaret Papillon est une battante qui n’a pas peur d’affronter ses ennemis même quand elle est seule contre tous !

 

Je reprends ici tes propos : […] Le fait est que Jocelyne Trouillot Lévy, en tant que directrice de la branche haïtienne de IBBY (International Board of Books for Young People), n’a pas jugé la candidature de Margaret Papillon conforme aux règlements dudit prix et n’a pas cautionné son dépôt de candidature auprès de la Suède. […] Ceci est absolument faux… totalement inexact ! Madame Trouillot savait parfaitement que je répondais à toutes les exigences de ce prix. Elle a tout simplement saboté malhonnêtement ma candidature. Une méchanceté totalement gratuite ! Le Prix Astrid Lindgren Memorial Award (ALMA) peut être gagné même par des conteurs, des centres de lecture, des bibliothécaires, des animateurs culturels, des marionnettistes, etc. Il suffit de pouvoir prouver que pendant de très longues années on a travaillé à la cause des enfants. Aussi simple que ça ! Ce qui était parfaitement mon cas. La Légende de Quisqueya est le tout premier roman jeunesse haïtien. Avant ce livre, il n’y avait que les contes oraux de Bouki et de Malice. Le succès de cet ouvrage a été immédiat et fulgurant et, ceci, est une chose connue de tous. Le livre est sorti le 21 janvier 1999 et le premier tirage a été de 1000 exemplaires. Ce millier de copies a fondu comme beurre au soleil en moins de quatre (4) mois. Au mois de mai, Rodney Saint-Éloi des Éditions Mémoire a dû en faire fabriquer trois mille (3000) autres qui ont connu le même sort… Et, il en a été pareil au fil des ans. Des écoles, et pas des moindres, comme le « Petit Séminaire Collège Saint-Martial » ont spontanément inclus le bouquin dans leur programme scolaire dès sa parution (d’autres suivront au cours des ans). Du jamais vu dans l’histoire de la littérature haïtienne. Je suis dans la triste situation d’une élève qui aurait obtenu 20/20 comme notes pour tous ses examens et dont on ne retrouve pas le nom sur la liste des admis en classe supérieure ! C’est de la folie, ça ! Dans une république de plus de dix millions d’habitants, je suis la seule à écrire pour les adolescents… cela aurait dû attirer le respect, mais dans ce pays de fous c’est le contraire qui se produit. J’ai produit deux collections qui célèbrent la richesse des patrimoines d’Haïti. Celles-ci sont uniques non seulement en Haïti mais aussi dans la Caraïbe. La représentation théâtrale de La Légende de Quisqueya par « Les Ateliers Éclosion » de Florence Jean-Louis Dupuy, en octobre 2000, a obtenu autant de triomphe que le livre. Florence a dû reprendre le spectacle en 2001 sous les demandes incessantes du public. En 2014, il y a eu la représentation de « l’École de danse de Joëlle Donation Belot ». Encore une fois, le succès était au rendez-vous. La frénésie autour de cette œuvre est absolue et dure depuis 20 ans. Une première, je le répète, dans les annales de la littérature haïtienne. Ensuite, il y a eu tous mes autres titres jeunesse : Le Trésor de la Citadelle Laferrière, La Légende de Quisqueya II, Mathieu et le vieux mage au regard d’enfant, Sortilèges au carnaval de Jacmel, L’île Mystérieuse du Capitaine Morgan, Babou chez le faiseur de songes, etc. au succès tout aussi phénoménal ! Comment avec un tel bagage ne pourrais-je pas être éligible ? Contrairement à ce que tu avances, Madame Trouillot ne m’a jamais dit qu’elle n’avait pas jugé ma candidature conforme aux règlements. Comme on dit en créole : li voye m anlè li pa atrap mwen ! Elle m’a laissée poiroter des semaines entières sans aucune nouvelle, me plongeant ainsi dans une angoisse sans pareille. Machiavéliquement, elle a gardé un profond mutisme, m’envoyant ainsi paître dans les champs. Cette réponse d’elle dont tu parles, je l’ai obtenue plus de six mois plus tard après que j’aie écrit des dizaines d’emails à madame Trouillot en mettant en « cc » ces gens du Prix Astrid Lindgren en Suède et à la maison mère de IBBY en Suisse (courriers dans lesquels j’étale avec force de preuves tout le travail que j’avais effectué pour les enfants et adolescents d’Haïti, dénonçant par ce fait son comportement immoral. Elle s’est donc retrouvée obligée de dire quelque chose pour sa défense. Madame Jocelyne Trouillot Lévy est un monstre !

 

Extrait du dossier publié sur Facebook : […] Évidemment, comme prévu (son attitude était plus que claire) elle ne m’écrivit pas. Évidemment, elle avait tout magouillé pour me couler. Évidemment, qu’elle se disait qu’elle ne me devait aucune explication concernant sa conduite on ne peut plus horrible. Jamais un coup de fil…ni un mot d’explication ou d’excuses… […]

 

Que l’on peut retrouver encore une fois en cliquant sur ce lien :

https://www.facebook.com/notes/margaret-papillon/jocelyne-trouillot-levy-ou-la-haine-nouveau-scandale-dans-la-litt%C3%A9rature-ha%C3%AFtien/1104051836288429/

 

 

Cette année-là, 2015, c’est la « PRAESA » (Project for the Study of Alternative Education in South Africa), un organisme de promotion de la lecture et de la littérature chez les jeunes en Afrique du Sud, qui a remporté le prix.

 

Madame Jocelyne Trouillot n’est rien de mieux qu’une apatride qui a demandé à un prestigieux jury en Suède de bannir Haïti, son propre pays, de leur liste. Du jamais vu ! Une liste sur laquelle les nations du monde entier se battent pour figurer.

 

Ce procès intenté à Madame Trouillot, est également pour connaître la main qui se cache derrière cette monstruosité dont elle a fait montre et essayer de sauver la littérature jeunesse d’Haïti. Car, tout autant que ce sera IBBY Haïti qui aura le droit de nominer les auteurs haïtiens, personne ne pourra participer à ce concours. La preuve par neuf… Madame Trouillot et son organisme n’ont soumis aucune candidature depuis cet incident de 2014 non plus. Elle s’est empêtrée dans sa propre boue. Pour présenter quelqu’un, il faudra que ce candidat puisse prouver qu’il a fait bien plus que moi et, ceci, depuis plus longtemps, dans le domaine, ce qui sera pratiquement impossible à trouver à court terme. Il ne faut pas perdre de vue que cette récompense est accordée pour un « Life achievement », l’ensemble d’une œuvre de toute une vie… En me causant ce tort considérable, sans motifs « apparents » (cette dame, de toute évidence, s’est jurée de me condamner à la misère pour des raisons que j’ignore complètement), Jocelyne Trouillot a fermé, à double tour, les portes du Prix Astrid Lindgren au nez de tout le milieu de la littérature jeunesse en Haïti, ce qui est d’un sadisme incroyable. Pourquoi une telle haine à mon endroit ? Qu’ai-je bien pu faire à cette dame pour mériter pareil châtiment ? Mystère ! Quand on est « nominating body » depuis un certain temps et que l’on n’a nominé personne, le jury peut aisément vous enlever ce privilège… Madame Trouillot est donc en train de condamner son propre pays à ne jamais recevoir ce prix… que dis-je… PIRE… à ne jamais être sur la liste des nominés ! Alors que l’objectif de l’organisme qu’elle dirige est de booster le secteur de la littérature jeunesse.

 

Haïti est sur la liste des « nominating bodies » (les organismes qui ont le pouvoir de soumettre une candidature), du prix Astrid Lindgren Memorial Award depuis 2003 ; quelques années plus tard, la « IBBY Haïti » de Jocelyne Trouillot a pris le relai, ce qui signifie qu’en quinze (15) ans jamais donc aucune candidature n’a été soumise. Madame Trouillot aurait bien pu nominer Mimi Barthélémy, une extraordinaire conteuse qui célébrait Haïti sur bien des scènes du monde, qui y avait parfaitement droit. Non, elle l’a laissée mourir sans connaître cet honneur. Madame Jocelyne Trouillot Lévy est une femme jalouse qui n’a que de la haine dans son cœur ! Cinq diplômes universitaires à son actif pour ce piètre résultat ? Quelle tristesse !

 

Madame Trouillot, que tu veux faire passer pour une honnête femme (ou plutôt… une femme honnête) que je suis en train de harceler, préfère pratiquer le clientélisme en inscrivant son propre nom sur la prestigieuse IBBY HONOR LIST du Prix Hans-Christian-Andersen (Suisse), (Le prix Hans-Christian-Andersen est un prix international décerné tous les deux ans par l’Union internationale pour les livres de jeunesse (IBBY) en reconnaissance d’une « contribution durable à la littérature pour enfants) ; ainsi que celui de son frère Lyonel, sa sœur Evelyne, sa belle-sœur madame Marie-Claude Lévy Ambroise. Peut-être que Jocelyne Trouillot avait rêvé de gagner elle-même le Prix Astrid Lindgren ????

 

Preuves :

http://www.ibby.org/fileadmin/user_upload/HL_Content_2008_RZ.pdf
http://www.ibby.org/fileadmin/user_upload/HL_2010web.pdf

http://www.ibby.org/fileadmin/user_upload/HL_2012.pdf

 

À noter que : quand j’ai posté la nouvelle de ma nomination au Prix Astrid Lindgren sur ma page Facebook, aucun de mes contemporains écrivains n’est intervenu pour saluer celle-ci, preuves du grand malaise dont je parle. Le saisissement avait dû forcer plus d’un à avaler des tasses entières de thé de verveine. Le pire dans tout ça, c’est que tout le monde me prend pour une grosse imbécile qui ne comprend rien de rien. La nouvelle a pris deux semaines avant de sortir dans Le Nouvelliste. La machine infernale des comploteurs de toujours, allait démarrer…

 

Tu te questionnes… et je te cite : On pourrait avancer sans trop se tromper qu’il y a chez Margaret Papillon un modèle qui se répète et qui porte à se questionner. Pourquoi tant de malentendus ou de concurrence malsaine ? On reste avec l’impression d’un délire de revendication qui amène à multiplier les actions en justice ou à porter des accusations à tort et à travers. […]

 

[…] Pourquoi tant de malentendus ou de concurrence malsaine ? […]

Par ces mots, tu essaies de me faire passer pour un bourreau alors qu’au fait je ne suis qu’une victime.

 

[…] On reste avec l’impression d’un délire de revendication qui amène à multiplier les actions en justice ou à porter des accusations à tort et à travers. Est-ce une forme de paranoïa ou au contraire de mégalomanie? […]

 

Ensuite, tu tentes de m’accoler « pratiquement » une étiquette de menteuse et de folle. Je voudrais spécifier ici que la concurrence malsaine, dont tu parles, vient de préférence des « autres » à mon endroit et cela dure depuis 31 ans.

 

Relatif à : […] Et pour finir, avec les dossiers que nous connaissons (car il doit en exister d’autres que nous ne connaissons pas)…

 

Pour éclairer ta lanterne sur les autres dossiers que tu voudrais tant connaître…

 

Port-au-Prince 1987 (soit trois ans après mon retour du Canada).

L’affaire Deschamps.

 

Vers la seconde moitié de l’année 1986, l’auteur en herbe que je suis (pour de vrai cette fois), apporte le manuscrit de son tout premier roman « La Marginale » à « L’imprimerie Deschamps » pour se le faire imprimer à « compte d’auteur ». Les premiers versements sont effectués et le projet démarre dans une ambiance cordiale. L’ouvrage devait paraître vers le mois de novembre de cette même année, mais la direction de l’imprimerie m’a proposé de soumettre le manuscrit au Prix Deschamps 1987 pour avoir la chance d’en être la gagnante. Proposition alléchante que j’accepte avec plaisir, car cela allait être capable de soulager mon portefeuille de quelques milliers de dollars en cas de victoire. J’ai dû donc mettre un Bémol à mon enthousiasme. Ledit prix a été accordé vers le milieu de l’année 1987 à Jacques Godard pour son manuscrit « Pourquoi les campêches saignent-ils », un roman paysan. Je trouvais bien dommage de n’avoir pas gagné cette illustre récompense, mais comme je n’y avais même pas pensé au départ, que ce n’était nullement mon but premier d’ailleurs, cela ne m’a pas affecté outre mesure. J’ai organisé une superbe et fastueuse vente signature, le 17 juillet 1987, au « Kynam Hôtel » avec Ti Raoul Denis comme animateur musical. Une formidable réussite ! Une grande foule y était présente et cela avait suffi à mon bonheur.

 

Par la suite, les coups de fil de félicitations ne tarirent pas. Puis, quelque temps plus tard, toute cette félicité allait tourner au cauchemar.

 

En effet, un beau jour, j’ai reçu un coup de fil qui allait m’anéantir, m’abasourdir totalement. Une amie m’a appelée de New York pour me congratuler au sujet de « La Marginale ». J’avais commencé par être aux anges, mais, tout a basculé quand je lui ai demandé comment elle s’était procuré son exemplaire…

– Ah, facile ma chère ! Je l’ai tout simplement acheté à la « Petite Boutique de Queens » de Madame Patricia Francis ! Me lâcha-t-elle  tout heureuse.

Cette réponse me fit l’effet d’un coup de marteau sur la tête.

Comment mon livre avait-il pu aboutir à New York alors que j’étais  l’unique détentrice de mes droits d’auteur et que j’avais à peine commencé la distribution à Haïti et que je cherchais toujours une filière pour assurer sa diffusion en terre étrangère ?

Les premières minutes d’émotion passées, j’appelai immédiatement ma tante Florence, qui habitait le « Big Apple » à l’époque, pour lui demander de se rendre à la « Petite Boutique de Queens » sans délai et de m’acheter au moins quatre exem-plaires du roman en précisant qu’elle voulait quatre reçus différents. (Je voulais m’assurer par là, que Madame Francis avait bien un stock important de livres en sa possession). Ce qui fut dit fut fait ! Ma tante, qui s’était bien abstenue de dévoiler son identité à la dame Francis, pendant son court séjour dans l’entreprise de celle-ci, en avait profité pour lui demander, innocemment, d’où elle tenait ces ouvrages de Margaret Papillon. Et l’autre de lui répondre avec une aisance renversante: qu’elle était une distributrice officielle des livres de Deschamps et que c’était « L’imprimerie Deschamps » elle-même qui les lui avait fournis !

Alors, par l’entremise de Me. Lesly Alerte du Cabinet Colimon, une lettre très amiable avait été expédiée à ladite imprimerie pour tenter de trouver une explication aux confidences de Madame Patricia Francis. Et, n’ayant jamais obtenu de réponse plus de deux mois plus tard, nous avons été forcés, le Cabinet Colimon et moi, d’avoir recours aux tribunaux pour y voir plus clair…

 

1991 : Mon roman « Martin Toma » gagne le « Prix Deschamps »

En 1991, le jury du « Prix Deschamps » ayant comme président Monsieur Roger Gaillard, à l’unanimité, accorde ledit prix à mon second roman « Martin Toma ». Mais…, en haut lieu chez Deschamps la décision tombe tel un couperet : pas de prix pour Margaret Papillon !  Pradel Pompilus, un prestigieux membre, est venu jusque chez moi pour me dire : « Je ne comprends pas. Tout le monde a voté pour toi, pourtant chez Deschamps ils ne veulent rien entendre ! » Moi, j’avais déjà compris…

Cette année-là, le jury, frappé d’incompréhension, s’est abstenu d’attribuer le prix à quelqu’un d’autre.

 

Ce différend avec l’Imprimerie Deschamps n’a pu se régler à l’amiable que 13 ans plus tard, grâce à Madame Anaïse Chavenet de Communication Plus…

 

Malgré son immense succès, La Marginale n’a eu droit qu’à un seul article dans un journal en 2011 par une journaliste amateur. Soit 24 ans plus tard. Avant ça, Il n’y avait eu que Evelyne Trouillot qui lui avait consacré un papier dans un petit journal, « Les Cahiers du vendredi », lors de sa parution. Dans celui-ci, elle dénigrait le livre, le qualifiant de labyrinthe obscur. À son avis, un livre incompréhensible où les gens prenaient des corn-flakes  au petit déjeuner… L’avenir lui a donné totalement tort !

 

Port-au-Prince, 1999 – 2003

L’affaire Éditions Mémoire de Rodney Saint-Éloi et Georges Castera.

En 2003, j’ai dû faire appel encore à un avocat en la personne de Me. Rico Josaphat pour résilier mon contrat d’édition avec les Éditions Mémoire concernant mon roman jeunesse La Légende de Quisqueya.

La raison de tout ceci : les mauvais traitements des Éditions Mémoire sur mon titre « La Légende de Quisqueya », un livre pourtant best-seller.

Si je suis la mère de La Légende de Quisqueya, Rodney Saint-Éloi en est le parrain, car c’est par son biais que je me suis engagée dans la littérature de jeunesse.

 

Nous sommes le 31 août 1998…

J’apprends, en lisant « Le Nouvelliste » que « L’association des écrivains haïtiens » allait accueillir Madame Christiane Diop, la distinguée épouse d’Alioune Diop, de la maison d’édition « Présence Africaine » à Paris. Un évènement à ne pas rater ! Il me fallait à tout prix rencontrer cette invitée de marque.

 

Bien que Yanick Lahens m’avait écrit une gentille lettre (l’année précédente), pour me demander d’être membre de cette association (ce que j’avais accepté avec plaisir), je ne recevais jamais aucun courrier ni aucune invitation de celle-ci. Malgré cela, ce 31 août 1998… je me suis dit qu’il était impératif que je me rende à ce meeting et qu’une chance comme celle-là de rencontrer une éditrice sénégalaise qui avait pignon sur rue dans la capitale française ne se reproduirait peut-être jamais plus.

 

Nous avons eu un très bon moment ce soir-là avec Madame Diop à « l’IFE HOTEL » des parents de Georges Castera. Cette dame était le charme personnifié. De plus, elle est d’une très grande culture et cela m’avait fait réellement plaisir de lui causer.

 

Et c’est au moment de partir que Rodney Saint-Éloi m’aborde et m’annonce que la Coopération française était prête à allouer des fonds, dans le cadre d’un programme de promotion du livre et de la lecture, à l’édition de livres jeunesse. Il m’a dit que le responsable, Dominique Mondoloni, était prêt à débloquer les financements, mais que, malheureusement, la carence totale de textes dans ce genre littéraire faisait cruellement défaut et ceci risquait de faire échouer le projet.

« Margaret, aurais-tu un texte pour enfants dans tes tiroirs, par hasard ? » Me demande-t-il tout de go.

Je lui réponds que non, mais que j’avais une histoire écrite à 13 ans que j’avais détruite à 18 et celle-ci continuait de me trotter indéfiniment par la tête… peut-être qu’il fallait que je la couche à nouveau sur du papier…

Il insiste : « Je suis prêt à prendre quelque chose d’écrit à la main, un vrai manuscrit, étant donné qu’il me faut de quoi travailler avant le 30 septembre, soit dans 30 jours.

Je lui répète que je n’avais vraiment rien de concret.

Il persiste : « cela n’est pas nécessaire que ce soit un ouvrage volumineux. Juste un court conte suffirait ! »

Je rétorque : C’est complètement dingue ! C’est impossible ! Les délais sont trop courts…

 

En le quittant quelques minutes plus tard, je me suis dit que ce qu’il attendait de moi était irréalisable.

Pourtant, le lendemain matin, je me suis réveillée en me disant : « Pourquoi pas ! Cet éditeur m’a lancé comme un défi. Il suffirait que je m’y mette pour de bon et cela pourrait marcher. C’était l’occasion pour moi de faire revivre ce petit roman du tout début de mon adolescence que j’avais déchiré en pensant qu’il était trop mièvre. Un geste que je regrettais amèrement.

 

Note : Je vais éviter de donner ici tous les détails de cette fabuleuse  histoire, une vraie légende ; de peur de lasser le lecteur. Ce sera pour une prochaine fois.

 

C’est ainsi que va « renaître » La Légende de Quisqueya que je vais achever en trois semaines sous les coups de boutoir des bourrasques du cyclone Georges qui s’apprêtait à frapper Haïti de plein fouet.

Le 28 septembre 1998 soit deux jours avant la date butoir, je remettais le « tapuscrit » (manuscrit dactylographié), en mains propres, à Saint-Éloi. Sa surprise est immense. Il s’exclama : « Wowww ! Quoi ? Le livre est prêt et il est même dactylographié ? Une semaine plus tard, il est venu à la maison pour m’annoncer pompeusement que le manuscrit était accepté.

 

Ma première vente signature a eu lieu le 21 janvier 1999 aux « Ateliers Jérôme » à l’étage du restaurant « La table ronde » au Champ de Mars.

 

Jusque-là, cela ressemble à un beau roman, une belle histoire …

Détrompez-vous !

 

Attaché vos ceintures, car un film d’horreur va vous être projeté !

 

Mes déboires avec les Éditions Mémoire vont commencer. Rodney Saint-Éloi, le propre éditeur du livre, va tout faire pour empêcher à celui-ci d’atteindre son apogée. Il est le garant de la section culturelle de Le Nouvelliste, pourtant il accepte de laisser sortir un article de Marc Exavier qui descend le livre aux enfers et qui prédit que les enfants d’Haïti ne sauraient aimer un tel ouvrage…Comme il avait tort ! Je me rends aux Éditions Mémoire, j’en parle à Rodney et je suis surprise de l’entendre dire : « il est préférable qu’on dise du mal d’un livre plutôt que de faire silence autour de lui ! » Je lui réponds avec ahurissement : « Eh bien, d’accord ! Mais, comme c’est toi le responsable de la section culture, tu vas t’arranger pour que d’autres articles qui seraient en sa faveur puissent sortir afin de créer un contrepoids et avoir ainsi une balance ! » Hum ! En 20 ans, aucun autre papier n’est sorti sur « LE PREMIER LIVRE JEUNESSE HAÏTIEN ». Rodney refuse même de signer une autorisation à Florence Jean-Louis Dupuy afin qu’elle fasse la représentation théâtrale. J’ai dû dire à celle-ci : « Fonce, Florence, ne t’occupe pas de Rodney, c’est moi l’auteur du roman et je suis à 100% avec toi ! » Lors des premières représentations en octobre 2000, Florence fait parvenir quand même à Rodney Saint-Éloi une dizaine de billets pour lui, sa famille et ses proches. Il n’en a cure ! Il ne se présente pas, Georges Castera non plus. (Rodney ne se montrera qu’aux représentations de l’année suivante). Entretemps, les demandes pour le livre affluent, Rodney ne bouge pas le petit doigt. Je lui annonce que Le Petit Séminaire aimerait acheter 3,000 exemplaires pour ses élèves. Rodney fait semblant d’être sourd. Le livre ne figure même pas dans la bibliothèque de ladite maison d’édition. Quand je me rends aux Éditions Mémoire, l’accueil est froid… que dis-je… glacial ! Visiblement, je suis loin d’être la bienvenue dans ce lieu où, logiquement, on aurait dû m’accueillir à bras ouverts. C’est le monde à l’envers ! La dégringolade dans nos rapports s’amplifie. Je me sens frustrée ! Le clou des clous… Rodney orchestre une campagne de dénigrement contre moi auprès de Florence. Et, il m’est rapporté que celle-ci ne veut plus rien savoir de la pièce. Elle ne la jouera plus !

 

Florence, qui était la Secrétaire Générale de l’UNESCO à cette époque en Haïti, voulait bien donner à La Légende de Quisqueya un prix UNESCO. Quand je l’ai rencontrée au Palais National, en 2002, lors d’une réunion d’artistes, elle m’a dit que c’est à l’éditeur que l’on remettait le prix. Je lui ai répondu alors de contacter Rodney qui était à ce moment-là à Montréal. Et puis… plus RIEN !

 

C’est à ce moment-là que je décidai de mettre fin à cette mascarade. Me. Josaphat prit alors les choses en main et régla cette affaire !

 

Ce n’est pas par hasard que Saint-Éloi ne parle jamais de ce livre, alors qu’il aurait dû être celui qui se vante d’avoir été à la base de sa genèse, celui par qui était né le premier livre jeunesse haïtien. La Haine fait rage !

 

Là encore, le public pourra juger si j’ai, comme tu le laisses entendre, telle une insensée, multiplié les actions en justice et porté des accusations sans fondement à tort et à travers.

 

Tu dois en savoir un bout de mes déboires, Pierre-Raymond Dumas…

En 2004, le nouveau responsable de la section culturelle de « Le Nouvelliste » me rencontre sur le parvis du bâtiment qui abrite les locaux dudit quotidien et me lance : « Ah, Margaret ! Maintenant que Rodney est parti pour Montréal, les articles te concernant vont pouvoir sortir ! »

 

Mes musiques :

Port-au-Prince, octobre 2000

J’ai confié une demi-douzaine de musiques, que j’ai moi-même composées, à la section de la Bibliothèque Nationale qui s’occupe du dépôt légal pour pouvoir protéger mes droits d’auteur sur celles-ci. Hélas ! On a été les voler jusque là-bas. J’ai demandé des explications à Madame Françoise Beaulieu Thibule qui était la directrice de l’Institution. Elle n’a jamais pu me fournir une réponse. Emmanuel Menard, qui a été son successeur, à qui j’ai écrit une lettre ouverte n’a même pas pris la peine de me répondre. Faudrait-il encore que j’assigne pour qu’on me dise ce qu’il est advenu de mes compositions ? Après, on dira que je suis une emmerdeuse ! Je vis chaque jour dans l’angoisse d’entendre mes mélodies à la radio ou à la télévision en me disant avec inquiétude que si cela arrive je devrai à nouveau faire appel… à un avocat et porter plainte contre X.

 

En tout cas, moi je préfère encore faire vivre les avocats, les juges, les greffiers et les juges de paix… que les bòkòrs et autres empoisonneurs de tout acabit ou encore les « zenglendos » et les « chimères » !

 

Lien:

https://www.facebook.com/notes/margaret-papillon/lettre-ouverte-de-margaret-papillon-%C3%A0-monsieur-emmanuel-m%C3%A9nard-nouveau-directeur/313032342057053/

 

Je suis désolée de te contredire Pierre-Raymond Dumas, mais, moi, je n’attaque jamais ; je ne fais que me défendre contre ceux qui se sont juré ma perte.

 

Je déteste toutes ces situations-là ! Je ne veux qu’avoir ma paix pour travailler, pour écrire toutes les histoires qui me viennent par la tête et que vont adorer mes lecteurs.

 

Qu’a-t-on donc fait de cette jeune écrivaine précoce (28 ans) et talentueuse que je fus ? Celle qui était une très belle promesse de la nouvelle génération d’auteurs ayant commencé à publier dans l’ère post-duvaliérien ; à une époque où Gary Victor, Yanick Lahens ou Lyonel Trouillot, etc., ne savaient pas encore s’ils seraient romanciers… Celle qui battait d’incroyables records à Livres en Folie dont je fus l’une des pionnières. Celle que Frantz Duval qualifiait de grosse pointure de Livres en Folie ? Dès le départ, cela a été une longue suite de coups fourrés, de pelures de bananes que l’on me glisse sous les pieds, de crocs-en-jambe, de plomb dans les ailes, de médisances, de « coups de langues » pires que des coups de rasoir, de maraboutages incessants… de dénigrement auprès des éditeurs français et québécois. Tout ceci dans le but de me couler, de me pousser à l’échec pour me forcer à abandonner cette carrière qui s’annonçait si prometteuse dès la parution de « La Marginale » un succès, je le répète, immédiat, jamais démenti jusqu’à aujourd’hui, 31 ans plus tard. Un coup d’essai qui fut un coup de maître ! Si je peux me le permettre…

 

À la suite de ces quelques anecdotes, le public pourra se faire lui-même une idée de l’état de ma santé mentale ou plutôt de celle des « autres » gens qui peuplent cet univers bizarre que l’on nomme « le milieu littéraire haïtien », un milieu qui fonctionne souvent comme une association de malfaiteurs. Une vraie mafia tueuse de talents ! C’est un véritable miracle que je sois encore debout et que j’aie pu produire plus d’une trentaine de titres en 30 ans tout en étant seule contre tous…, rivée à mon ordinateur et souvent avec un compte en banque en overdraft.

 

Tu avais mentionné dans un de tes articles intitulé : « Margaret Papillon: prolifique et féérique » (Ref : Le Nouvelliste du 23 décembre 2016) je te cite : […] ignorée par les prix internationaux, oubliée des grandes maisons d’édition, elle se contente d’être écrivain, pardon, écrivaine. La plus prolifique de sa génération. […] Tout cela est loin d’être un hasard. Il y en a qui, dans l’ombre, travaille à saboter toutes mes chances de ce côté-là. La concurrence leur fait si peur.

 

J’espère vivement que mon droit de réponse paraîtra dans Le Nouvelliste et qu’on lui donnera toute la visibilité nécessaire… autant qu’à ton article.

 

Que Kettly Mars laisse mes affaires tranquilles. Elle a des tas de petits copains, copines dans le milieu qu’elle peut copier aisément en étant certaine de ne pas se faire attaquer. Qu’elle se rabatte sur leurs textes si cela lui chante. Sa lâcheté m’écœure, d’ailleurs ! Moi, j’ai passé deux jours entiers accrochée à mon laptop et j’ai pondu 6,973 mots (soit 17 pages 8.5 x 11) pour te répondre. C’est ça, un écrivain, un VRAI !

 

Sur cette Terre, personne ne peut m’enlever le droit de m’exprimer ni celui de protéger mes droits d’auteur. À bon entendeur salut ! Margaret Papillon, telle une fourmi, travaille vingt heures par jour et sept jours sur sept pour apporter de l’eau à son moulin sans l’aide de quiconque et je ne s’en porte pas plus mal. Que Kettly Mars en fasse autant ! Je me demande souvent ce qui se serait passé si c’était moi qui la copiais. Si je prenais le malin plaisir de reprendre les sujets et les thèmes d’un René Depestre ou d’un Dany Laferrière… Tout le milieu me serait tombé dessus à bras raccourcis !

 

Pour finir, je te prierais de ne rien faire sortir me concernant dans ton livre de monographies. Merci d’avoir pensé à m’y inclure, mais cela n’est nullement nécessaire ! J’ai bien l’habitude, depuis 31 ans (31 ans de sabotage / 31 ans d’acharnement), que l’on m’efface de toutes les listes sans pour autant que cela m’affecte. Puisque, jamais un de mes lecteurs ne s’est demandé laquelle des grandes maisons d’édition me publiait ou quels prix j’avais reçus ou encore… qui avait écrit sur ma littérature… avant de me lire. Ils ont lu et ils ont aimé… c’est tout ! Et c’est là et seulement là… la plus grande de mes récompenses !

 

Merci d’avance d’agréer à cette demande.

 

Maintenant, que tout le monde me foute la paix ! J’ai un grand besoin… de silence et de sérénité pour pouvoir m’adonner à ma seule « folie » de toujours… Écrire !

 

 

Margaret Papillon

Écrivain… libre et indépendante.

 

À suivre…

 

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« Entre les Pages » présente les 30 ans de publication de Margaret Papillon

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Cap-Haïtien

« Entre les Pages » présente les 30 ans de publication de Margaret Papillon

Dans une ambiance plutôt euphorique, Margaret Papillon, l’auteure de « La Marginale » a su capter l’attention de plus d’un, vendredi et samedi, au Cap-Haïtien. Animée d’une passion pour l’écriture, la romancière qui fête ses 30 ans de publication, peint l’horreur du régime dictatorial des Duvalier. Avec son vécu, la romancière, dans une causerie suivie d’une vente-signature, a présenté ses plus chers romans qui cachent sa plus grande joie comme sa plus grande peur.

Publié le 2017-07-04 | Le Nouvelliste

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Culture –

Après une autobiographie plutôt réussie du jeune écrivain Elbeau Carlynx, Margaret Papillon a été présentée le samedi 25 juin à l’Alliance française du Cap-Haïtien. L’auteure raconte sa mésaventure. Une petite anecdote, précise-t-elle. Tout en expliquant qu’au moment d’imprimer « La Marginale », paru en 1987, après la chute de Duvalier fils, la Maison Henri Deschamps lui propose de se faire inscrire au prix littéraire Henri Deschamps. Si elle avait remporté la palme, elle aurait bénéficié de mille exemplaires gratuitement et d’autres primes de consolation. Malheureusement, elle était classée en deuxième position au concours… Bref, le plus important, c’était d’essayer, parce qu’il y a toujours une leçon à tirer même des pires défaites.

D’un coup, l’auditorium Jean Paul Sartre de l’Alliance française du Cap-Haïtien était quasi rempli. Un gros succès pour cette intiative de “Entre les pages” baptisée «Littérature et Musique». Cette activité culturelle, qui met fin aux deux journées de folie les 23 et 24 juin 2017, a retenu l’attention de plus d’un. L’auteure raconte sa vie d’enfance, là où tout a commencé. Un public peu bavard commente discrètement quelques mots plaisants que débite l’auteure, qui ressemblent plutôt à de l’humour, mais au fond qui racontent toute une histoire sadique d’un régime où « la lecture, les bibliothèques et même les maisons d’éditions étaient bannis », se désole Margareth Papillon. On ne pouvait pas, dit-elle, se réunir comme on le fait aujourd’hui. Les rencontres en groupe étaient considérées comme des complots contre la sécurité nationale, contre la survie de l’État. C’était cruel, murmurent les uns à côté des autres.

Née le 14 novembre 1958 à Port-au-Prince, Margaret Papillon, mariée, est mère de deux enfants. Après la publication de son premier roman, « La Marginale », qui raconte l’histoire d’une jeune fille de 19 ans (Sabine Roland) violée en plein carnaval dans les années 70. C’était une catastrophe pour la famille Roland. Dans le temps, le viol était un sujet tabou en Haïti.Une histoire pratiquement inédite dans la littérature haïtienne, après Zoune chez sa ninnaine de Justin Lhérisson, défend l’auteur. En 1995, elle a fermé son club de gym, où elle était professeure d’éducation physique, pour s’adonner complètement à l’écriture. De là, débute la grande aventure littéraire qui lui a permis de publier «Martin Toma» édité en 1991, «La saison du pardon» en 1997, «La mal aimée» en 2008 et « Fol Amour: porté disparu» en 2017.

Très inspirée, Margaret Papillon a, en moins de deux heures, présenté chaque titre qui était sous sa main. Les uns étaient plus intéressants que les autres. L’auteure vous plonge dans les cruautés souvent impunies des sbires des Duvalier. Une stratégie dont seule la romancière a le secret. Comment garder toute une foule en haleine, de « La Marginale » en passant par « Martin Toma»,  jusqu’au dernier titre présenté? Elle a su trouver les mots justes et précis pour décrire ses plus chers romans. Une causerie plutôt réussie suivie d’une vente-signature. Une activité à refaire, pour les mordus de la lecture.

Dario Bien-Aimé

bienaimédario@gmail.com

 

Le dernier roman de Margaret Papillon signé à Pétion-Ville

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Le dernier roman de Margaret Papillon signé à Pétion-Ville

Pour commémorer ses 30 ans de publication, l’écrivain Margaret Papillon a signé samedi dernier à Pétion-Ville, à la librairie La Pléiade, son dernier roman titré « Fol Amour ». Ce livre met en exergue l’amour non raisonné de deux jeunes face aux terreurs des miliciens de Papa Doc, un régime dictatorial, autoritaire et sanguinaire.

 Culture –

Margaret Papillon arbore toujours ses cheveux gris et longs comme des archives du temps. Calée derrière une table, le front altier, la romancière signe pour ses fidèles lecteurs.

Dès l’entame, l’auteure annonce que Fol Amour fait partie d’un devoir de mémoire et que tout a commencé depuis l’année 1987, avec son premier roman « La Marginale ». Dans cet ouvrage, l’auteure entraîne le lecteur dans un univers obsessionnel. Elle raconte : « Tout se passait dans les années 1960. Bianca et Georges Eric, deux jeunes charmants, pleins d’avenir, s’aiment à mourir. Au bout de deux ans d’affection et d’amour, ils décident de se marier. Après les fiançailles, lors d’une cérémonie festive, un sbire de la dictature de Duvalier père, ébloui par la beauté angélique de Bianca, vient lui proposer une danse. Sans doute il ne s’attendait pas à un tel refus. Le tonton makout, vexé, décide de faire disparaître à tout jamais la fiancée de Georges Eric.» Tout le nerf du roman s’irradie à travers les chapitres d’une histoire menée avec une main de maître.

L’auteure dont l’imagination galope « Fol Amour » du début à la fin entretient sa flamme de Georges Eric, le personnage principal; elle lui donne du ressort pour survivre au cauchemar dans lequel il sera plongé. Passionnant.

Patrice Frédérique, un lecteur passionné de Margaret Papillon, raconte qu’il suit la romancière depuis son plus jeune âge. Il s’est procuré d’un grand éventail de titres de cette auteure prolifique. Dans les rayons de sa bibliothèque se lisent ces titres : La Marginale, Martin Toma, Innocents fantasmes, Douce et tendre luxure, etc. Il brûlait pour le nouveau-né que signait Papillon. Il l’attendait impatiemment. À la librairie La Pléiade, il allait assouvir son désir à l’instar d’autres fans de cette auteure qui a posé ses valises à Miami, en Floride depuis les années 2005. « Les romans de Mme Papillon ne me déçoivent jamais, c’est très passionnant et captivant. J’ai lu « La Promise (Tome 1 et 2) » en une journée, l’attente pour ce dernier roman reste toujours le même, j’espère qu’il sera aussi passionnant que les premiers », a déclaré Frédérique.

Une dame de la même génération que l’auteure en signature a confié que le « Fol amour » servira de cadeau d’anniversaire pour sa sœur. Celle-ci est tellement éprise pour le talent de Margaret, pour rien au monde, elle ne veut rater une œuvre déjà limitée en stock. « Pour mon cadeau d’anniversaire, n’oublie pas de passer à La Pléiade pour te procurer du livre de Margaret, m’a-t-elle dit au téléphone », a dit la dame sur un ton de confidence.

« Fol Amour » n’a rien de trop osé. N’importe quel adolescent peut se livrer à cette grande aventure littéraire aisément. Ce n’est quand même pas « Douce et tendre luxure », publié en 2010, et encore moins « Innocents Fantasmes » en 2001, qui a toujours une part d’érotisme très libéré. « Fol Amour » est très original, au lieu d’une description des scènes érotiques, je fais plutôt de la poésie. Ce livre entre dans le cadre de la littérature générale », confie l’auteure.

Avec plus de 30 publications à son actif, la romancière prépare déjà un nouveau roman titré « Orgies », confie-t-elle, pour le pur plaisir des passionnés de la littérature.

Dario Bien-Aimé

bienaimédario@gmail.com

 

Voodoo Mood : l’autre face de la médaille

http://lenouvelliste.com/article/171755/voodoo-mood-lautre-face-de-la-medaille

Un nouvel article sur mon dernier recueil de nouvelles “Voodoo Mood” dans le quotidien “Le Nouvelliste” par : Emmanuel Thélusma.

La littérature vodou en cours en Haïti a une forte dominante caustique. Qu’elle se réclame du réalisme merveilleux (Alexis, Cinéas ou Innocent) ou qu’elle s’approprie l’esthétique fantastique nord-américaine avec Gary Victor, le fait littéraire vodou demeure « noir ». C’est à rebours de cette âpreté qui relève uniquement du folklore qu’évolue Margareth Papillon dans Voodoo Mood : histoires étranges, fascinantes et effrayantes d’Haïti. En nous invitant à voir notre vécu comme un creuset de fortunes, affranchies des travers longtemps appris. Elle nous convie donc à un optimisme du réalisme haïtien.

Culture –

Nous sommes à la page 37. Abner Mondestin est père de famille chômeur, comptable et grand amateur de loterie. Voilà que son beau-frère lui propose le boulot de croque-mort pour conjurer ses traverses quotidiennes. Entre les stratagèmes tordus pour arrondir son dû mensuel et la mésaventure qui adviendra de l’opportunité d’échanger les somptueux costards des dépouilles contre les siens, l’embaumeur connaîtra un sort heureux grâce à l’onirisme, au retour à la vertu face à un vice qui avait assuré son quotidien.

Dans Sans sépulture, le principe du bon samaritain -même à l’égard des restes épars d’une âme errante en quête de rédemption- sera la seule planche de salut pour cette femme à qui son oreille incurable avait fait voir de toutes les couleurs. Mathilde Louiseize aura compris que la guérison vient d’une attention aux choses -les os- et aux gens –la représentation qu’elle fait des restes- qui dépasse le bon sens cartésien.

Dans le récit qui clôt le recueil Voodoo Mood (Founérailles), Margareth Papillon allie l’hilarité à la gravité sans tomber dans la tiédeur. Elle enlève un voile propre à notre haïtianité : celui de nos apparences grandiloquentes dans l’exercice de nos rites. « Je pensais par cette action lui permettre d’atteindre plus rapidement et plus sûrement le royaume des cieux. De plus, elle aurait été en très bonne compagnie ; une ambiance capable de lui porter chance et de lui fournir de naître riche dans sa prochaine vie », se justifiait l’hypocrite Venante Desroches (qui porte le masque des vraies funérailles) pour compenser ses manques financiers et accorder le paradis à sa grande sœur tant aimée.

Avec les thèmes comme l’effroi, l’étrange, le mystérieux, le rocambolesque, le diabolisme, le vaudouisme, l’inconscience, et la folie des grandeurs, attribués respectivement à chacun des huit récits composant Voodoo Mood, l’auteure de La légende de Kiskeya aura enrichi notre vécu haïtien mais en éludant le tragique quotidien qui semble toujours nous hanter.

Emmanuel Thélusma.

 

Margaret Papillon: Luxure et fantasme à trois

http://lenouvelliste.com/article/169856/margaret-papillon-luxure-et-fantasme-a-trois

Publié le 2017-04-07 | Le Nouvelliste

Culture – Par Pierre-Raymond Dumas

De livre en livre, Margaret Papillon change de registre thématique. Projet qui serait irréalisable, n’était la détermination, à la fois intellectuelle et créatrice, et qui se joue des barrières en tous genres. On admire cette romancière qui projette sa vérité profonde sous une multitude de masques essentiellement féminins. Racontant l’histoire de deux jeunes prédatrices sexuelles (Nadine et Florence) aux prises avec un macho (Alain) à «plumer», «Innocents fantasmes», dont les intrigues – les magouilles – font rêver, s’inscrit dans le registre d’un micro-roman aux volutes enivrantes tandis que «Douce et tendre luxure» dont les promesses aventureuses se lisent comme une série de télé sulfureuse aborde le sujet exceptionnel du fantasme hors norme du couple à trois, jeu triangulaire sophistiqué (un homme et deux femmes, l’épouse et la maîtresse). Avec ces thèmes de l’adultère, du sexe, de l’argent, de la prostitution féminine (à peine déguisée), de la vengeance et de la duperie, c’est bien sûr le scandale de l’ivresse corporelle et de son triomphe que la fiction cherche à capter, les raisons d’une déraison allant jusqu’à la vengeance et / ou la mort, l’intrusion sciemment calculée et comme inexorable de la déchéance de quelques protagonistes devenue le malheur de tous, ou presque. Ponctuées de scènes érotiques et de dialogues chavirants, les deux courtes fictions ont en commun le thème obsédant et rageur du «fantasme le plus puissant des hommes, c’est de voir deux femmes dans le même lit». Des univers auxquels les lecteurs s’identifient en masse et réagissent à l’émotion. Rien que de très anodins en apparence, si l’auteur ne minait cette trame narrative par une mise en scène crépitante, une réflexion pertinente qui au détour d’un dialogue éclaire d’un jour nouveau des gestes et des attitudes auxquelles on prêtait jusque-là peu d’attention. Quelques-uns sursauteront – tant pis : Douce et tendre luxure est certainement supérieur à Innocents fantasmes, et, en tout cas, plus abouti dans le genre feuilleton pour garden-party. Si «Innocents fantasmes» manque de densité, d’épaisseur dans l’intrigue, «Douce et tendre luxure» y supplée. Il se lit en trois quarts d’heure. Sans regret ni déplaisir. C’est la même tonalité mais avec plus de tonus, de sincérité. Lesbianisme, prostitution, culte de l’argent, précarité sociale, autant d’idées-choc permettant toutes les variations romanesques. Sujets provocateurs, traités par le biais d’une écriture imagée sous l’angle de l’anecdote – car ces histoires véridiques – avec des assaisonnements de réparties cinglantes, de descriptions auto-réflexives, judicieuses, dévastatrices, «immorales». La littérature peut disserter, elle ne tranche plus. C’est l’expression de la mondialisation, prolongement de la libération des mœurs entamée dans les années 60. C’est une autre ère, celle du sex-appeal généralisé, du string et du piercing, à la portée du commun des mortels, des vamps peu scrupuleuses, redoutables bêtes de sexe, prêtes à dépouiller les maris volages. Si le romancier, selon l’adage de Flaubert, doit être dans sa création comme Dieu dans la sienne, Margaret Papillon qui témoigne d’une empathie communicative pour ses modèles en a tiré des textes qui se lisent comme des romans photos. Leur saveur se niche dans leurs accessoires, dans les portraits colorés des personnages principaux, les débordements d’une génération obsédée par le sexe, la justesse des vérités appréhendées, enchâssées dans les choses vues et vraies et dans le flot des simulacres et d’aventures à répétition. C’est joliment écrit, finement décrit mais un rien bavard. Comme d’habitude, Margaret Papillon – qui encore une fois confirme son talent de baromètre de son temps et de sa génération – excelle dans la construction d’atmosphères surchauffées et de personnages libertins dévorés par un rêve, hantés par des passions, dont l’incessante poursuite devient le sens de leur vie. Les infortunes de la vertu et les prospérités du vice ? L’amour ou l’amour de l’argent aveugle –t-il le bon sens au point de tuer la capacité de réfléchir chez celles-là même qui en font profession ? C’est le cas de Nadine «au corps de déesse» dans «Innocents fantasmes» et de Soraya, prédatrice «au corps de déesse» dans «Douce et tendre luxure», en particulier. Faussement soumises, on les sent toujours prêtes à comploter, à manigancer, à se révolter. Le temps s’est arrêté dans ce monde matérialiste de simulacres et d’effractions. On pourrait presque lire les bulles au-dessus de leurs têtes. Et les hommes, ces mâles ardents ? Une si imprévisible question cache quelques arrière-pensées. Car ils brillent plus par leurs envies de chair fraîche que par leur originalité. Du coup, nous partageons l’expérience commune, nous nous révélons les uns aux autres ce que nous savions déjà tous. De ce constat-là on ne saurait néanmoins prétendre que Margaret Papillon, à force de travail et de ténacité, est l’instigatrice : il se nomme instinct. «Ils sont ainsi faits, les hommes, souligne Nanouche (Nadine) dont le modèle de «femme entretenue» est sa tante Astrid. Ils laissent leur queue les mener par le bout du nez. Sa passion du concret se lit dans chacune de ses pensées, sans honte ni retenue. Encore elle : «Les hommes adorent le challenge. Ce sont de vrais coqs. Rien de mieux pour flatter leur virilité, que de savoir qu’ils vous ont prise à un autre ou à plusieurs autres.» Ça se lit à grands traits, ça se déguste et ça rafraîchit. C’est direct, avec un bon sens éclatant, à l’opposé de ce qu’on lit habituellement sur les femmes : c’est d’autant plus séduisant. Une «perle rare» comme Soraya, «animée par un si grand désir de vengeance». Le plus dur, c’est le côté social – mondain. C’est la primauté des valeurs du mariage et de la réputation à tout prix. Obligée pour garder et (phase plan B) reconquérir son «époux à la légèreté offensante» de lui faire la proposition indécente de former une relation triangulaire avec son mari volage mais jaloux et Belkis, «cette jeune déesse à la beauté arrogante et tapageuse», au destin tragique, la «parfaite» maîtresse attitrée de ce dernier, Jean-Paul (Popol), parfaite crapule au demeurant. «Le trio le plus glamour de ce pays.» «Mais, quand on aime, on n’écoute, malheureusement, plus sa raison, mais bien son cœur.» On retrouve l’une des grandes préoccupations de Margaret Papillon, qui traduit une tendance frénétique à impliquer beaucoup de femmes dans son œuvre, sa passion pour les sujets inhabituels, où l’on ne sait ce qui le cède à l’autre, de la morale ou de l’expression dramatique. Son tour de force prouve que nul ne peut freiner une romancière quand il s’agit de traiter un sujet. Avec aussi un goût pour la contradiction, un talent pour l’offensive qui l’encourage fréquemment à sauter le parapet pour essayer, avec audace, nombre de formules engendrées, comme l’érotisme, par le monde actuel. En creux, au burin et en noir, elle dépeint le monde actuel avec une ardeur sans pareille, reprenant, au travers des figures de femmes vivantes, des règles de vie, de la place de l’argent et du sexe, de l’évolution fulgurante des mœurs et de la nature débridée des rapports de pouvoir. Il n’y a ni bon ni méchant dans le monde que dépeint avec un tel enthousiasme Margaret Papillon. Uniquement des jeunes filles et des femmes qui se débattent, tentent de survivre et d’échapper par tous les moyens – par le commerce de leur corps d’abord – à l’inconfort matériel.

Pierre-Raymond Dumas.

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Margareth Papillon et ses bribes de légende

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Margareth Papillon participera à la 4e édition de la Foire internationale du livre d’Haïti qui se tiendra au Palais municipal les 9, 10 et 11 décembre 2016. Elle signera à cette occasion ses nombreux romans et ses recueils de nouvelles qui ont retenu depuis la publication de La Marginale l’attention de ses lecteurs. Retour sur les oeuvres de cette auteure à succès qui a commencé à écrire dès l’âge de 13 ans.

Plusieurs oeuvres de Margareth Papillon parmi lesquelles, La légende de Quisqueya et Le trésor de la citadelle, ont été adaptées au théâtre par la troupe Éclosion de Florence Jean Louis Dupuy ou sont étudiées dans le curriculum scolaire par certaines écoles dont le Petit Séminaire Collège Saint- Martial notamment. Refusant de se démarquer des embarras et des tabous qui bouleversent la société de son temps, Margareth Papillon place son lecteur au coeur des situations qu’elle expose. Des situations tragiques et émouvantes où se mêle toujours une certaine dose d’érotisme cher à l’auteure. D’une facture classique, les textes de Margareth Papillon pour citer le critique littéraire Yves Chemla s’emparent des problèmes de société, des bribes de légende et tracent de la République un portrait contrasté.

Passion composée, Innocents fantasmes, La Mal-aimée, Noirs préjugés, Crime royal sont parmi ses récits qui mettent en scène la condition humaine contemporaine dans ce qu’elle a d’obscur, de mystérieux, de fragile. Jouant sur des thématiques diverses, elle dévoile ce qui fonde le tragique et l’absurdité de toute existence. Son univers met sous les feux de la rampe des passions inassouvies : La simplicité des premières amitiés, l’intensité violente de la découverte du sentiment amoureux, le hasard des rencontres, les rapports existants entre le vaudou et la sorcellerie sont autant de sujets qu’elle aborde avec tact et lucidité. À travers la diversité de son oeuvre, ses personnages sont souvent confrontés à un destin qui les dépasse ou s’acharnent à accomplir à coup sûr leur destin et leurs dangereuses illusions.

Dans un entretien accordé à Flasmag, Margareth Papillon a parlé de ses débuts en écriture, de la philosophie qui se dégage dans ses textes, car elle est également cette écrivaine qui s’obstine à montrer que le bonheur est toujours possible malgré les vicissitudes de la vie. « J’ai commencé à écrire dès l’âge de 13 ans. À cette époque, je n’avais pas encore cette passion de l’écriture. Néanmoins séduite par l’attention que portaient mes frères et soeurs aux histoires fabriquées de toutes pièces que je leur débitais avec un bonheur sans égal. Je couchai mes premiers mots sur mon cahier d’écolier. »

Versée dans le fantastique et le merveilleux pour donner libre cours à son imagination fertile, Margareth Papillon a fait savoir : « J’écris donc comme je vis. » Avec son talent habituel, ses romans pleins de sensualité et d’érotisme sont écrits avec intensité, tendresse et émotion. « La Marginale est un personnage fictif que j’ai créé et je suis la première à être entonnée que d’autres personnes me disent que dans ce roman, j’ai raconté leur vie. Avec Sabine Roland, j’ai voulu montrer les déboires d’une jeune femme après un viol. Certaines personnes pensent que l’oeuvre était autobiographique et s’apitoyait sur mon sort alors qu’il n’en était rien. J’ai écrit par la suite Martin Toma, un roman qui est à l’opposé de La Marginale puisqu’il racontait l’histoire d’un gosse dans la rue. C’est un véritable plaidoyer contre l’enfance en domesticité. Et cela a encore marché. J’ai écrit La Mal-aimée, Mamzelle Natacha, La légende de Quisqueya, Innocents Fantasmes, Douce et Tendre luxure qui sont différents les uns des autres. »

 Schultz Laurent Junior

Lire le recueil de nouvelles Crime royal de Margareth Papillon

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Margareth Papillon continue d’assumer sa passion démesurée vers des récits de jeunesse avec des histoires de grande intensité. Depuis La Marginale, son roman publié en 1987, elle ne s’est pas arrêtée en chemin. L’auteure a, par ailleurs, publié plus d’une vingtaine de titres comprenant romans, nouvelles, récits et contes pour enfants. Des ouvrages qui connaissent beaucoup de succès auprès de son lectorat. Son dernier recueil, Crime royal, contenant neuf nouvelles continue en effet de happer grâce à son imagination la sensibilité et l’appréciation des lecteurs.

À l’instar de ses premiers textes, les héros de Margareth Papillon refusent de baisser les bras. Stoïques et spontanés, ils dégagent à travers leur être toute une philosophie de la vie. Dans Crime royal, le livre s’ouvre sur les malchances de Selondieu, accusé de communiste sous la dictature de François Duvalier. Sa femme se débat comme un diable dans un bénitier pour sauver la peau de son mari aimé et adoré. Elle allait arpenter le long chemin de désillusions qui vont l’inciter à accepter l’inacceptable. Toujours sous le régime de Papa Doc, la nouvelliste nous invite à suivre l’itinéraire de deux jeunes acculés à vivre des relations amoureuses désastreuses. Certains vont affronter l’indifférence, l’incompréhension des uns (trahison, boomerang). D’autres sont désabusés et ont connu le mépris et le laxisme des autres (The dead writers). Acculés dans les bas-fonds de la déchéance, ces personnages ne peuvent que se réfugier derrière les valeurs illusoires ou les masques sociaux. C’est aussi une façon pour l’auteure de La Mal-aimée de dresser un état des lieux du pays où tout marche au ralenti (Overdose-Baraka). Confrontés dans un univers sans repères, ils apprennent même à ruser avec le destin.

 « … Mais à mon grand étonnement, nombre de convives présents avaient l’air de ne pas reconnaitre ou plutôt semblaient ne même pas s’apercevoir de ma présence. C’était comme si tout à coup j’étais frappé d’insensibilité. En effet, je distribuais des sourires à la pelle, interpellait les uns et les autres sans pour autant être salué en retour. Le fait me paraissait bizarre, mais je hausse les épaules. Depuis tout le temps que certains me faisaient la gueule, ce n’était pas surtout maintenant que j’allais m’en préoccuper. Le milieu littéraire d’un petit pays était à l’image des politiques qui y pullulaient. Hypocrite, mesquin, méchant, haineux, jaloux et j’en passe ! » (PP 49-50)

 À travers son dernier livre, Margareth Papillon dresse un vibrant réquisitoire sur son temps. Elle dévoile en même temps ce qui fonde le tragique et l’absurdité de toute existence. Son univers met en scène des passions inassouvies : la simplicité des premières amitiés, l’intensité violente de la découverte du sentiment amoureux, le hasard des rencontres sont autant de sujets qu’elle aborde avec un esprit serein dans son ouvrage. Naïfs et inquiets, ses personnages suscitent des interrogations. Ils ont mis leur orgueil dans un placard pour se rabaisser, s’humilier afin de concrétiser leurs illusions. Crime royal, ce recueil de nouvelles publié à Miami, est à lire absolument ! Ces nouvelles nous mettent en face d’un pays fatigué de vivre des crises à répétition, des crimes spectaculaires.

 Schultz Laurent Junior

 

Margaret Papillon: prolifique et féérique par Pierre-Raymond Dumas

Margaret Papillon: prolifique et féérique par Pierre-Raymond Dumas / Publié le 2016-12-23 | Le Nouvelliste
http://lenouvelliste.com/…/margaret-papillon-prolifique-et-…
À côté de la sienne, la maigre et minutieuse bibliographie de Kettly Mars ou Yanick Lahens semble de la soie. Cela fait peur ou pitié ? Il y a là une ivresse de vie, une précipitation qui tâtonne, quelque chose d’enfantin qui rompt autant avec l’académisme marchand qu’avec la pose suffisante des petits «nobélisables». Et, comme s’il lui manquait de prendre des risques en s’opposant aux chichis ou poncifs, comme si elle craignait de s’être ramollie, Margaret Papillon, prisonnière de stéréotypes critiques fallacieux, vole des plateaux du préjugé de couleur made in Papa Doc et consorts (La Mal-aimée) ou du viol (La Marginale) aux tréteaux de l’exode rural (Martin Toma) et de la puissance maléfique du vodou (La Promise). Rien dans l’œuvre de Margaret Papillon n’est imbibé de théorie littéraire, capsulé de clinquant ou soumis à la mode dictée par la mondialisation. Il est vrai que, d’une fougue increvable, moins occupée à travailler son «look» que ses œuvres successives, ignorée par les prix internationaux, oubliée des grandes maisons d’édition, elle se contente d’être écrivain, pardon, écrivaine. La plus prolifique de sa génération. La plus obstinée. La moins prévisible. Sans ostentation ni facilité. En témoigne son dernier roman publié à compte d’auteur (Butterfly Publications, Miami) au titre mystérieux : «L’Initiatrice» (2015).
Sujet : Dans ce jeu où les pistes se brouillent, difficile de garder la tête froide. Haïti, années 1970-1980, années de transition, prises entre la fin de la dictature et le début d’une nouvelle ère tout autant épouvantable. Thierry Brouard, foncièrement bon, est un adolescent qui, à dix-sept ans, a gardé encore toute son innocence ; ce que son père, Peter Brouard, a du mal à digérer. En effet, ce dernier, dans sa tête de macho invétéré, trouve le fait absolument inadmissible. L’étonnement et la tradition flirtent avec la violation des droits humains. En général, dès que ses fils, dociles et consentants, atteignent l’âge de 15 ans, il prend l’initiative de conduire ceux-ci dans des maisons closes pour les dégourdir, les déniaiser, comme il aime à le répéter. Une pratique relayée par les journaux, la littérature, le cinéma, saisie par l’homme de la rue. C’est ainsi qu’il avait toujours procédé pour ses aînés, poursuivant ainsi une longue tradition familiale vieille d’un bon demi-siècle. Mais, pour le benjamin, le refus de ce rituel est total, car il est follement amoureux de Christelle, sa ravissante girlfriend, et ne rêve, secrètement, que de perdre sa pureté dans ses bras. Une histoire un peu fleur bleue pour teenagers amoureux, à vrai dire. Suzanne Brouard, sa mère, appuie pleinement la position de son fils, au grand dam de son mari, conservateur strict. Pour contourner le problème et vaincre les réticences de son rejeton, Peter Brouard, exaspéré par l’attitude jugée peu virile de son fils, fait venir de province, Loucy Firmin dite Louloune, une jeune fille en fleur, de condition modeste, à qui il confie la lourde tâche d’ouvrir à Thierry, le réfractaire, le monde merveilleux de la volupté charnelle. Le ton est allègrement touchant, le dessein, très ligne claire. Contrairement à la société, cette société où le mal règne toujours en maître. Mais, comment Louloune, livrée à elle-même, allait-elle s’y prendre pour accomplir ce tour de force alors qu’elle-même était à peine nubile ? Coup de théâtre : Thierry n’en voulait pas et a préféré vendre le peu qu’il possédait en remettant l’argent à son père pour permettre à Loulonne d’aller à l’école jusqu’à obtenir son diplôme de la Harvard Medical School. Personnages dessinés à gros traits. Innocents et faibles, ces adolescents, vivant dans une Haïti au temps de la suprématie du patriarcat, où le machisme faisait loi, s’en sortiront-ils ? Victime d’une éclampsie entraînant ablation de l’utérus suite à une infection, Christelle Brouard s’était résignée à avoir recours à l’adoption pour combler son désir naturel de maturité quand, en guise de reconnaissance, elle reçut la proposition de Loucy Firmin Brouard, sœur adoptive et belle-sœur de son mari, de lui porter un enfant. Une insémination artificielle a été pratiquée avec succès et deux enfants en sont nés. C’est l’aboutissement d’un rapprochement avec la modernité, le progrès vertigineux des sciences. C’est la force et le jeu de ce roman à happy end : repousser les limites, les frontières, les tabous, stigmatiser l’archaïsme. Véritable conte de fées.
Avec cette époustouflante odyssée amoureuse, Margaret Papillon, ivre d’illusions, signe un de ces succès dont elle est coutumière grâce à son souffle et sa profonde générosité presque naturelle, malgré la jungle fiévreuse des préjugées et des traditions. C’est une terrible problématique qu’aborde cette raconteuse d’histoires avec son style dépouillé et sans piège : cette pratique esclavagiste, inhumaine, féodale, la domesticité comme mode d’initiation à la sexualité pour les fils de bonne famille, survivra-t-elle chez d’autres que les Haïtiens ? Pour fonder son interrogation, Margaret Papillon qui puise sa manne au trésor de la Providence universelle nous propose en dernier lieu un véritable conte de fées. «L’Initiatrice» qui fait passer le message mieux que toutes les pubs télé édulcorées et inadaptées s’intègre à une certaine littérature universelle de l’altruisme et de la grâce, proche du rêve, moralisatrice à l’extrême. En observatrice critique de ses semblables, Margaret Papillon s’affirme en fille de cette génération, née sous Papa Doc, résiliente, toujours rebelle. Et je mets son lecteur au défi de la condamner ou récuser, soûlé qu’il sera par ce récit bouleversant et bondissant, d’une générosité inouïe et saisissante, tendu vers l’inévitable logique d’une grandiose vision morale du monde. Surtout quand l’origine des récits et l’origine des messages – il y en a toujours ici -, pareillement liés à des réalités malaisées, se relaient et relancent les sempiternels débats du bien et du fatalisme, de la pauvreté et de l’effort vers plus de lumière, comme pour rappeler à ce qui, chez Margaret Papillon, constitue un travail soutenu. Comme il convient. Optimiste et positive, la bonté humaine reprend toujours ses droits en dépit de la cruauté des situations (misère, néocolonialisme, méchanceté, handicap social) dans lesquelles elle projette ses personnages. C’est sa principale marque de fabrique.

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Margaret Papillon: Histoires en mode voodoo

Margaret Papillon: Histoires en mode voodoo

Publié le 2016-12-21 | Le Nouvelliste

Culture – Pierre-Raymond Dumas A priori, on ne lui pardonnerait jamais, à Margaret Papillon (notez, on aurait tort, parce que le commerce qu’elle entretient avec la nouvelle est à la source de bien de nos préjugés, de nos malentendus) pour tant de légèreté dans la narration, de fluidité dans le dénouement, de nonchalance dans le contenu. Mais enfin, voici un autre de ses recueils de nouvelles, au titre publicitaire («Voodoo Mood», Butterfly Publications, Miami, USA, novembre 2016), aux thèmes fort étranges ou fantastiques, aux manières volontiers simples, à la séduction certaine. De l’écriture bavarde, touffue de ses romans à succès comme «La Mal-Aimée» à ses nouvelles («Passion composée», «Terra Sauvage»), elle n’a jamais somnolé. Quelle boulimie! Quelle débauche de motifs et de personnages! Cette œuvre minimaliste sur le plan de l’écriture, au répertoire thématique imposant, seule une personne laborieuse et acharnée, tenace et constante pouvait la réaliser. Accroché ici par le chatoiement d’un rêve, excité par le portrait d’un personnage entraperçu dans un aéroport, happé ailleurs par la saveur d’une citation vantant les mérites de l’altruisme ou de l’amour, le style de Margaret Papillon est toujours là, pérenne avec ses recettes éprouvées: une structure limpide constituée d’histoires qui se croisent et s’entrecroisent pour aboutir, à la fin de la lecture, à un recueil amusant, riche en émotions, sans discrimination d’âge ou de génération. Ce qui d’ailleurs n’est pas le plus fâcheux des résultats.

Du coup, le lecteur demeure libre de son jugement: c’est à lui de tirer la leçon de situations évoquées sans qu’aucune idéologie ou science dominante ne vienne lui imposer sa vérité. À l’opposé, en somme, d’une littérature sophistiquée. Les fantômes parlent («Fantômes»). La guérison miraculeuse par la gratitude post-mortem («sans sépulture») ne figure dans aucun livre de diététique mais sous sa plume fervente, oui! Dans «Loups-garous», ce n’est pas la quête de l’invincibilité qui fait mouche, mais surtout cette voix quasi naïve, spontanée, elle-même croyante, rendant vraisemblable ce monde mystérieux, effroyable. Sans oublier cette pointe de burlesque qui n’appartient qu’à la folie des grandeurs des pauvres, comme les «Founérailles» de Venante Jean-Pierre. Quelle réussite ! Originale, troublante, conforme aux mondes paranormaux et aux saints enseignements, et assurée du succès, cette nouvelle de mort et de vie. Ce sont des histoires à dormir debout, comme on dit avec un peu de sourire. Le monde des fantômes, des esprits maléfiques, des cauchemars est une spécialité haïtienne. À la banalité du réel se superpose l’infini de l’inconscient ou l’effervescence du surréel, du surnaturel. En bonne Haïtienne, syncrétiste, pleine d’imagination, Margaret Papillon, l’œil en coin, en sait long, en raffole. C’est l’essence même de son œuvre motivée par des préoccupations existentielles et esthétiques. Il s’agit avant tout de connaître les sources orales dont on parle pour faire de la tradition un tremplin à la littérature.

Sans heurts disgracieux, Margaret Papillon n’entonne pas les grandes orgues de la science-fiction pour broder une réflexion sur la mort et sur la vanité, sur les faux-semblants et la mémoire, elle invente une mise en scène, presque un conte de fées, pour adultes, franchement, sans honte. Comme si, à la manière des histoires qu’elle raconte, non par nécessité d’écrivaine, mais par nostalgie enfantine, elle se prenait elle-même au jeu de l’étrange qu’elle frôle avec effroi au fur et à mesure que se déploie son récit.

Oui, elle a une esthétique, un langage propre à elle. Pas un engagement théorique, pas un dogme, pas un brin de savante rhétorique sur ses phrases faciles, ses portraits élaborés sans complication, bien à leur place, au cœur de l’action ou en support à la trame narrative. Mais où va-t-elle chercher tout ça? Eh bien! il y a ici et là un peu de «lodyans» («Voodoo Mood»). Très bien, on doit le souligner. Et on n’oubliera pas non plus qu’elle est au moins aussi imaginative, farfelue même, que son pays («L’embaumeur»). Ou impitoyable d’acuité sociologique («Le chimiste»). Mais une nouvelliste quelque peu enjouée, une «raconteuse» qui n’en revient pas d’être une colporteuse d’anecdotes, d’être confrontée non pas à ce qui est pour elle l’ordinaire de la vie, mais au contraire à une forme de créativité transindividuelle: les écoutes dans les aéroports, et ailleurs. La bonté est une prédisposition innée en l’homme, un potentiel que certains accomplissent, d’autres non, nous montre Margaret Papillon dont l’optimisme et la foi en la perfectibilité de l’homme sont vraiment «étranges» dans ce monde de plus en plus infernal. Comme pour Gary Victor («Histoires absurdes entendues ou vécues dans un tap-tap»), l’œuvre de Margaret Papillon est ainsi faite, et, de son enthousiasme haletant, comme si elle voyait le monde plus nettement que d’autres. Avec un regard apeuré, une générosité souriante, en fin de compte, car dans ses histoires, comme une comptine dont le refrain se répète, ce sont, faut-il le dire, les héros et héroïnes qui survivent, blessés mais in fine, rayonnants de béatitude.

Pierre Raymond Dumas.